L’ergothérapie en CHSLD au temps de la COVID-19

Articles | 7 mai 2020
Option Ergonomie | Blogue

Ali El-Samra, Ergothérapeute chez Option Ergonomie, n’a pas tardé à répondre à l’appel lorsque le gouvernement du Québec a demandé aux travailleurs de la santé de prêter main forte dans les CHSLD et les résidences pour personnes âgées. Le besoin était criant, puisque dans certaines résidences de la Grande région de Montréal, plus de 50% des employés étaient absents depuis déjà quelques semaines.

Une semaine plus tard, il est embauché par un CISSS et le mandat qui lui est octroyé est clair : agir à titre de préposé aux bénéficiaires, pour assurer que les résidents aient accès aux soins d’hygiène et d’alimentation dont ils ont besoin. Il est assigné à travailler en zone rouge, où plus de la moitié des résidents sont atteints de la COVID-19.

Dès sa première journée de travail, M. El-Samra s’aperçoit rapidement que les besoins des résidents vont bien au-delà du simple changement de culotte d’hygiène ou de l’aide à l’alimentation. Il se rend compte que le contexte de la pandémie affecte la quantité et la qualité des soins donnés par les préposés ainsi que le niveau d’autonomie des résidents. Tout le focus est mis sur les soins de base : plusieurs résidents restent en jaquette d’hôpital et pour certains, leurs prothèses dentaires n’ont pas été enlevées ni nettoyées depuis des semaines. Par-dessus tout, ces nombreuses restrictions affectent la qualité de vie des résidents, d’autant plus qu’ils sont isolés et éloignés de leurs proches.

En tant qu’ergothérapeute, M. El-Samra est conscient que le confinement et le manque d’activation au quotidien sont nuisibles pour la santé et le maintien de l’autonomie, plus particulièrement pour des personnes âgées déjà en situation de vulnérabilité. Au début de la crise, le personnel soignant n’avait tout simplement pas le temps d’aider les résidents à enfiler leurs propres vêtements à tous les matins, de favoriser leur autonomie le plus possible lors des repas, de les aider à changer de position au lit, de les déplacer à leur fauteuil plus souvent dans la journée et, surtout, de discuter avec eux pour mieux connaître leurs besoins.

« Il faut dire qu’une bonne partie des travailleurs venus de l’extérieur ne sont pas formés en santé. Ils ne sont donc pas forcément conscientisés à l’importance de préserver l’autonomie des personnes âgées. Sur les lieux, ils sont demandés d’offrir les soins d’hygiène de base et c’est ce qu’ils font, avec grand dévouement »

Voyant l’augmentation graduelle de nombre de travailleurs, M. El-Samra a commencé à établir, avec une collègue préposée aux bénéficiaires qui est aussi ergothérapeute de formation, des plans de travail pour chaque résident en décrivant brièvement leurs capacités fonctionnelles et de quelle façon les préposés peuvent travailler avec eux pour promouvoir leur autonomie et leur qualité de vie. Cela commence avec le simple fait d’encourager les préposés à habiller les résidents le matin ou de les repositionner au lit à chaque 2 heures pour réduire le risque de plaies. Dans certains cas, ils vont jusqu’à leur proposer d’allumer la radio dans la chambre des résidents et de chanter une chanson avec eux. 

« Beaucoup de travailleurs et de bénévoles qui viennent aider en CHSLD disent avoir besoin d’être guidé dans les tâches à faire. Ils effectuent les tâches qu’ils se sont habitués à faire lorsqu’il n’y avait pas de temps mais maintenant qu’un peu plus de temps est disponible, ils ne savent pas nécessairement comment faire pour aller au-delà des soins de base et soutenir l’autonomie des résidents »

L’ergothérapeute, qui évalue les capacités fonctionnelles des individus et intervient dans le but d’améliorer leur autonomie et leur qualité de vie, est alors un acteur de premier plan dans cette nouvelle phase de la lutte contre la COVID-19 dans les résidences pour personnes âgées. Alors que les ressources humaines et matérielles commencent petit à petit à se stabiliser dans plusieurs résidences, il devient essentiel de penser à la prochaine étape, soit de promouvoir la reprise graduelle de certaines activités de la vie quotidienne qui vont au-delà des soins de base et de survie. Pour cela, la collaboration de plusieurs professionnels de la santé pourra s’avérer grandement bénéfique et il nous fera alors plaisir de contribuer à la santé et au mieux-être de nos aînés.

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